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Malgré son corps
toujours plus voûté, sa main tremblante et son souffle court,
Jean-Paul II ne ralentit pas ses activités. Au cours des dernières
années, le souverain pontife maintient un horaire chargé, multiplie
les voyages, les apparitions publiques et les grandes cérémonies.
L'année 2000 est certainement parmi les plus épuisantes pour lui,
car elle est riche en festivités et en émotions, en raison du jubilé
marquant le 2000ième anniversaire de la naissance de Jésus. Aussi,
en août 2000, la tenue des Journées mondiales de la jeunesse à Rome
attire deux millions de pèlerins venus de 160 pays. Les nombreuses
cérémonies, qui ont souvent lieu sous un soleil de plomb, montrent
au monde un pape rongé par la maladie et la fatigue. "Je m'efforce
d'accomplir ma tâche en puisant chaque jour lumière et force dans la
foi qui me lie au Christ", disait-il aux jeunes rassemblés devant le
Vatican.
Une cérémonie n'attend pas l'autre. À peine deux semaines après la
fin des Journées mondiales de la jeunesse, Jean-Paul II est de
retour sur la place Saint-Pierre devant une centaine de milliers de
personnes pour la béatification des papes Jean XXIII et Pie IX.
Malgré son âge avancé, il continue à vivre pleinement. En plus des
évènements officiels, il préside chaque mercredi une audience
publique réunissant pèlerins, touristes et visiteurs de passage à
Rome.
Le Saint-Père reçoit quotidiennement ses proches conseillers, les
cardinaux responsables des différents "ministères" de l'Église,
ainsi que plusieurs évêques et chefs d'État ou de gouvernement en
visite au Vatican. Étant donné son rythme de vie, ce n'est pas
étonnant qu'il montre des signes de faiblesse. "Jean-Paul II est
tellement amoureux de sa mission qu'il en oublie sa fatigue
physique", dit le porte-parole du Saint-Siège, Joaquin Navarro Valls.
Mais le pape se doute bien que son ministère tire à sa fin. C'est
pourquoi, à plusieurs reprises, il prépare sa succession en nommant
de nouveaux cardinaux qui participeront à l'élection au prochain
souverain pontife.
La menace terroriste internationale pesant depuis 11 septembre 2001
ne lui fait pas réduire ses déplacements à l'étranger. Mais sa
douleur au genou droit (attribuable à l'arthrose) et sa difficulté à
marcher (il est atteint de la maladie de Parkinson) l'obligent à
garder sa canne en permanence. En mars 2002, il surprend le monde
entier: pour la première fois, il ne préside pas la messe des
Rameaux marquant le début de la semaine sainte. À la messe de Pâques,
on le voit aussi se déplacer à l'aide d'un déambulateur pour entrer
dans la basilique Saint-Pierre.
Puis, il y a son voyage en Bulgarie en mai 2002: le pape est
incapable de descendre de l'avion seul. Il lui faut emprunter un
petit ascenseur dissimulé derrière l'appareil. En juillet 2002,
quand il se rend à Toronto pour présider les Journées mondiales de
la jeunesse, il tente de faire taire les rumeurs sur son état de
santé. Il déploie une force exceptionnelle pour descendre, pas à
pas, les nombreuses marches de la passerelle de son avion. Mais ses
discours faits d'une voix lente et essoufflée trahissent ses
limites.
En fait, des présomptions sur la détérioration de son état de santé
et même sur sa mort prochaine ne cessent de circuler, et ce, depuis
le milieu de son pontificat. En septembre 2003, lorsque le pape
manque une audience hebdomadaire, les rumeurs prennent un nouvel
élan. La raison officielle avancée était une "indisposition
intestinale", la presse italienne, elle, parle plutôt de la
résurgence d'un cancer. Rappelons-nous que, en 1992, Jean-Paul II a
été opéré à l'intestin: on lui a retiré une tumeur précancéreuse de
la grosseur d'une orange.
Depuis l'attentat commis contre lui en 1981, le pape a suscité bien
des inquiétudes. En 1993, il avait trébuché sur sa soutane en
recevant une délégation des Nations-Unis au Vatican. Il s'était
fracturé l'épaule droite et avait dû renoncer à la natation et au
ski, ses deux sports favoris. |