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Le cardinal
Wojtyla doit maintenant choisir le nom par lequel il sera désormais
désigné. Ce choix indiquera également qu'il accepte la charge qu'on
lui confie. Mais le cardinal semble hésiter: va-t-il refuser cet
honneur?
Finalement, il annonce en latin son intention de s'appeler Jean-Paul
II, en raison du respect et de la dévotion qu'il a eus pour
Jean-Paul I, ainsi que pour la force et l'inspiration qu'il a
puisées auprès de Jean-Paul VI.
Un silence complet tombe sur la place Saint-Pierre lorsque le
cardinal Felici annonce le nom de l'Élu et l'appellation qu'il a
choisi. Étonnement et stupéfaction parmi la foule. Les cardinaux
rompent avec une tradition vieille de 456 ans en élisant un pape qui
n'est pas Italien et qui plus est, vient d'un pays communiste, la
Pologne. Revenue de sa surprise, la foule applaudit à tout rompre,
alors que Jean-Paul II, allant à l'encontre de la tradition,
prononce une courte allocution et donne sa bénédiction en italien.
Tout comme son prédécesseur Jean-Paul I, Jean-Paul II refuse le
faste de la cérémonie du couronnement. Les ors, les couronnes, les
chasubles et mules rouges de la papauté sont relégués dans l'ombre;
le cérémonial choisi est des plus simples. Le matin du 22 octobre,
près de 300,000 personnes assistent en direct à la messe pontificale
qui intronise Jean-Paul II. L'évènement est suivi dans le monde
entier par plusieurs millions de fidèles.
Dans son premier discours, Jean-Paul II déclare vouloir être fidèle
au concile Vatican II. Mais il entend également laisser son
empreinte personnelle sur la papauté. Ainsi, le lendemain, dès le
départ des cardinaux pour leur diocèse, il rend visite à un ami,
Monseigneur Deskur, un évêque polonais hospitalisé à Rome. C'est du
jamais vu: le pape sort du Vatican dès le lendemain de l'élection!
Mais ce qui étonne encore plus, c'est l'aisance, l'ouverture
d'esprit et la sincérité qu'il continue à manifester malgré sa
lourde charge.
Une semaine après son élection, le 22 octobre 1978, la messe
solennelle a lieu Place Saint-Pierre. Dès son homélie, on sent qu'il
rompt avec la tradition. On peut notamment y relever ces phrases
significatives: "Le pape Jean-Paul I, dont le souvenir est si vivant
dans nos coeurs, n'a pas voulu de la triple couronne, et aujourd'hui,
son successeur n'en veut pas davantage. En effet, ce n'est pas le
moment de revenir à un rite qui (injustement) a été considéré comme
le symbole du pouvoir temporel des papes."
Après la messe, au lieu de regagner les appartements pontificaux,
Jean-Paul II se mêle à la foule des malades, qu'il bénit, puis se
tourne vers la section des Polonais et salue ses compatriotes ainsi
que quelques connaissances. La garde papale, elle, s'inquiète. Les
cordes de sécurité ne résistent pas, le pape est submergé par la
foule. Jean-Paul II bénit et bénit encore, salue ici, embrasse là.
En quelques minutes, le protocole et l'étiquette sont renversés. |