J’ai toujours su que j’allais mourir aujourd’hui. J’attends ce moment depuis trop longtemps. Je l’ai planifié et exécuté mille fois dans mes pensées. C’est maintenant là et maintenant que je passe à l’action. Une fois ce mot écrit, je m’en vais, je ne reviendrai pas, je me suicide.

J’en ai assez des douleurs et des souffrances. Plein le cul de la pression intolérable. La pression de me pairs qui me jugeront si je demande de l’aide. D’être catalogué si je lève la main en disant « J’ai besoin d’une pause, d’un break ! ». Ras le bol de la carapace que j’ai été incapable de mettre de côté. Je ne peux pas dire combien ça fait mal, ça serait sûrement mal vu et je suis tanné d’être jugé de toute part.

J’ai vu l’horreur trop de fois dans ma vie. De voir un adulte criblé de balles et victime de meurtre est une chose. Mais de voir un bébé de trois mois sur les dalles de la morgue, mort d’avoir été secoué comme une poupée de chiffon, c’est trop.

D’avoir à annoncer la mort d’un adolescent à une mère qui t’ouvre la porte à 2 heures du matin est d’une frustration indicible. Mais celle de savoir que l’accident est survenu dans ton territoire de patrouille et de te dire que tu aurais pu lui sauver la vie l’est encore plus. Même en te faisant traiter de chien et de cochon en lui donnant une contravention. Au moins, il aurait été en vie.

Vous en voulez des exemples ? Ceux qui me survivront en auront à la tonne à vous donner. Des moments d’épuisement où la vie doit continuer lorsque l’on retourne à la maison. De garder ces choses pour soi pour ne pas alarmer le partenaire de vie ou les enfants. De toute façon, j’ai toujours réussi à masquer ce trou noir qui de jour en jour se creusait sous mes pieds. J’ai même élevé une muraille de protection pour que personne ne sache.

Des choix que l’on a faits. Et ceux qu’on ne sait plus faire pour continuer à vivre. Ceux que l’on ne voit plus tellement la douleur est intense. J’ai mal, je ne suis plus capable de faire semblant.

Salut…

 Cette lettre a été écrite ou pensée pas moins de 5 fois cette année par des policiers québécois qui ont mis fin à leurs jours, qui se sont suicidés. Par des hommes et hier une femme qui ont mis fin à leurs souffrances sans savoir qu’il existait une porte de sortie, une solution toute autre que celle de prendre son arme de service et se tirer une balle dans la tête.

Le suicide n’est pas un phénomène exclusivement policier. C’est un problème de société qui tue encore presque 1000 personnes par année au Québec. Beaucoup plus de personnes que sur nos routes. Et toutes ces personnes ne sont pas des policiers. Il y a de la pression et du stress dans tous les métiers et dans toutes les jobs. C’est de savoir y faire face qui est important.

L’aide existe, il faut aller la chercher avant d’en avoir besoin. Il faut en parler avant de s’isoler à tout jamais, avant de faire feu…

La Vigile, maison d’accueil pour agents de la paix : 1-888-315-0007

L’association québécoise de prévention du suicide : 1-866-277-3553

Un ami à qui vous pouvez parler : Vous connaissez son numéro !